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04.04.2005
Tu t'étais réveillée devant cette vitre muette.
La lumière, accrochée aux aiguilles des cimes de verre,
découpait l'acier des tours sur la ligne de ton visage. Tes
larmes en contre-jour disparaissaient dans l'aube de tes mains.
Tu t'es détournée sans dire un mot. Tu glissais à
travers cette pièce à l'architecture renversée,
ton ombre fit vaciller mon regard anesthésié. Durant
un bref instant j'ai quitté l'échiquier intérieur
des vides hallucinés.
Le souffle de ta voix brisa la géométrie de ma torpeur.
Dans le silence cruel du matin trompeur, l'écho de ton départ
tragique plana longtemps au dessus de moi. Puis, les royaumes de
la solitude antalgique recouvrirent à nouveau la chambre
423.
20.04.2005
Dans cette vie intérieure et glacée
Où le temps semble s'être figé
Dans cette obscène clarté
A l'intérieur de la ville hallucinée
Sous les violentes lumières hypnotiques
Quelques silhouettes dérivent, mécaniques
Rejoignent avec une cohérence synthétique
La vaine illusion d'une existence léthargique
Les échos s'écrasent sur l'asphalte interrogateur
Les anges sont bétonnés dans les piliers porteurs
Il ne reste que cet inlassable saignement vengeur
Des mots béants perdus dans ce vide intérieur
18.05.2005
- Ce silence est inquiétant, à cette distance on dira
que la tour disparaît lentement.
- Sur ce chemin où nous nous éloignons, l'océan,
la brume, la pluie et le vent finiront bien par en avoir raison.
- Nous les avons vu quitter la tour, comme un exode...
-
par-dessus la mer, mais nul pourrait jurer où ils
sont allés. Peut-être ont-ils fini, à bout de
souffle, par s'abîmer dans les flots.
- Je me rappelle du temps où nous venions séjourner
dans cette tour.
- Je me souviens de l'époque où nous avions aidé
à la bâtir.
- Nous aussi nous avons fini par partir.
- Les routes finissent par s'effacer, et nous n'existons que pour
avancer.
- Pourtant j'espère parfois y retourner.
- L'espérance est l'expression d'une volonté domptée
par la nostalgie. Les raisons pour lesquelles la tour a été
construite sont celles de son abandon.
- Quelque chose reste encore, quelque chose qui n'est pas encore
parti.
- Elle est née ici, entre ces murs.
- Est-ce là son destin ?
- Qui le sait ? Seul ceux qui disparaissent à l'horizon emportent
avec eux la question.
- Et nous, nous marchons sur tous les rivages sans les quitter.
- Car nous n'appartenons pas à ce monde, ni à aucun
autre.
13.06.2005
Dans l'étreinte angoissée des vapeurs des solvants,
tu vois le feu du kérosène exploser lentement en une
pluie de verre d'acier brisé sur l'écran douloureux
de ta tv.
Course des néons arythmiques dans la combustion cristallisée
par la nicoféïne, tu défiles au pas des couloirs
pressés pour s'écrouler sur les rails des destins
électrifiés.
Vomi par la nuit asthmatique, au seuil de la fatigue aux brumes
extatiques, là où le bitume poisseux te conduit vers
les chambres où l'écume du temps empoisonné
s'égoutte inexorablement.
Aucune gloire dans la disparition, aucune tragédie dans la
fuite, nulle catastrophe au quotidien autre que l'implacable enfermement
que psalmodie l'agenda des seines prisons du destin.
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